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Un bref aperçu historique de la banlieue

Wednesday, October 30, 2013

Un bref aperçu historique de la banlieue

par Jessica Page

(Jessica Page a terminé son BA in French Studies en 2012-13 à l'Université Oxford Brookes. Cet article fait partie du dossier qu'elle a préparé pour son 'Independent Study' portant sur les banlieues françaises)

Les origines du terme ‘banlieue’

Le terme ‘banlieue’ vient du latin bannileuga et apparaît pour la première fois durant le XIIe siècle, au moment de la constitution de nouveaux centres urbains. Il décrit un territoire protégé par les autorités urbaines, qui se trouve au-delà des frontières de la ville ; au cours du Moyen-âge ses habitants contribuent à l’alimentation du centre en échange de cette protection. Durant les XVIIème et XVIIIème siècles, la connotation du mot se modifie peu à peu pour définir la différence entre le centre urbain et la province, et dès 1810 les endroits et activités considérés indésirables (les cimetières et les usines, par exemple) sont délocalisés en banlieue, enracinant une hiérarchie : l’urbain supérieur et le suburbain inférieur.

De la Révolution Industrielle à la Deuxième Guerre Mondiale

Au XIXème siècle, la première Révolution Industrielle  provoque en France quelques grands changements démographiques. De grandes usines se construisent en dehors des fortifications des villes et elles demandent de la main-d’œuvre peu qualifiée en grande quantité. Elles entraînent un exode rural : des milliers de paysans français déménagent vers les régions industrielles et créent des faubourgs autour des villes. Des ouvriers affluent également des pays étrangers, en particulier de Suisse, de Belgique, d’Espagne et d’Italie. Ils développent leurs propres communautés et conservent leurs habitudes nationales. La plupart de ces immigrés ont l’intention de rentrer dans leur pays natal, il n’est donc pas question de leur intégration en France.

Dû à la perte de 1,4 millions d’hommes durant la Première Guerre Mondiale, les industries ont encore besoin de main d’œuvre, incitant un deuxième flux d’ouvriers vers les centres urbains qui, dans de nombreux cas, n’ont pas les ressources nécessaires pour les héberger. Cette population occupe les périphéries et les faubourgs pour être près du travail (industriel et agricole) mais aussi parce que la majorité n’a pas les moyens de se loger dans les villes. Les conditions de logement varient des cahutes au sol sans électricité ou eau aux petits pavillons avec jardins, cependant ces derniers sont rares, ainsi les vastes bidonvilles enserrant les régions urbaines s’accroissent chaque année.

De l’après-guerre à aujourd’hui

Dès 1955, un processus de recrutement international commence en France car une nouvelle expansion économique exige de la main-d’œuvre, et une proportion très importante d’immigrés des anciennes colonies viennent travailler en France, particulièrement d’Algérie. L’exode rural s’intensifie entre les années de 1954 et 1962 aussi pour satisfaire cette demande, mais tous ces nouveaux venus sont confrontés au manque de logement. Les ouvriers sont d’abord hébergés dans des foyers éloignés des centres urbains puis, dès 1953, le gouvernement met en place une solution : « les grands ensembles » qui remplaceront les vieux bidonvilles au prix minimum et qui logeront des millions, tout en créant des logements sociaux. Ces immeubles adhéreront à la théorie urbaniste de Le Corbusier : le fonctionnalisme (qui préconise la sectorisation des fonctions), la notion d’espace minimal et « soleil, espace, verdure » (Vers une architecture, 1925). Construits durant les années 50 et 60, les grands ensembles accueillent les ouvriers mais ils sont également destinés pour la classe moyenne.

Durant les prochaines décennies, la démographie des cités se modifie avec la construction de petites villes autour des banlieues qui attirent les familles françaises, et le regroupement familiale qui amène les familles des ouvriers immigrés dans la banlieue. C’est à partir de 1973 que les grands ensembles deviennent progressivement des cités composées d’HLM. Le début de la désindustrialisation en France provoque la fermeture des usines qui avaient employé les habitants de la banlieue : le chômage de masse qui en résulte devient durable au cours des années 70 et 80. Le besoin de logements sociaux dans les banlieues augmente et la population stagne.

Dû au fait que les grands ensembles avaient été construits à bas prix, les bâtiments commencent à se détériorer peu après leur construction. Dès 1977, les premières politiques publiques voient le jour : le programme « Habitat et Vie Sociale » (HVS) cherche à améliorer les conditions d’habitations. Cependant les responsables politiques doivent rapidement reconnaître le besoin d’agir sur une pléthore d’autres raisons pour cette dégradation, y compris la pauvreté des infrastructures, l’isolement du centre-ville, l’accumulation des handicaps sociaux, la rareté de services publics et la grande proportion de jeunes qui y vivent.

Les émeutes

Plusieurs manifestations de colère collective éclatent dans les banlieues françaises durant les années 70 mais la première à atteindre l’attention des médias, et donc le public, a lieu durant l’été 1981, premièrement à Lyon puis dans la plupart des grandes villes. La nature spectaculaire des rodéos (le brûlage de voitures volées) horrifie les audiences et provoque de la méfiance vis-à-vis de la banlieue. De plus, elle déclenche un débat au sujet de l’immigration ; c’est sans doute à cette période, qui est aussi celle du début des politiques urbaines, que l’amalgame entre la banlieue et l’immigration se forge dans la conscience collective. Dès cet incident, les politiques urbaines visent de plus en plus le « développement social des quartiers » : des centaines de quartiers seront qualifiés « quartiers sensibles » et cette dénomination qui leur permet de profiter des financements publics les stigmatisera de manière durable, en les piégeant dans un paysage de politiques urbaines.


La population maghrébine en France devient plus visible durant les années 80, à travers la grande manifestation « Marche pour l’égalité et contre le racisme » surnommé la « Marche des Beurs » en 1983, et l’apparition de la culture beur au début de la décennie dénonce les maux principaux dont souffrent les résidents dans la banlieue : l’isolement et l’exclusion. Malgré l’attention concentrée sur les banlieues, la situation stagne ou s’empire progressivement dans la plupart des « quartiers sensibles », le nombre desquels augmente régulièrement. En octobre 1990 se produisent les premières éruptions de violence qu’on appellera « émeutes » en raison de l’échelle des dégâts causés. A partir de ce moment-là, l’objectif des politiques urbaines se réoriente : elles visent désormais moins les améliorations économiques et sociales que la répression de la violence et de la délinquance, surtout chez les jeunes. Dorénavant, une tendance nette ressort : une intervention agressive des forces de l’ordre cause la mort d’un jeune, ce qui provoque une émeute, qui à son tour justifie l’action encore plus agressive de la part des forces de l’ordre. Ce cercle vicieux prospère au cours des années 1990 et 2000.


Le début du XXIème siècle est tout d’abord marqué par les émeutes de 2005, uniques en Europe pour leur longue durée, l’étendue de la destruction et le nombre de communes touchées. Ces émeutes vont de pair avec une hostilité croissante du gouvernement envers la population de la banlieue qui se manifeste dès 2002 à travers la politique « de tolérance zéro » en matière de crime et de surveillance policière répressive, ciblant les résidents des banlieues. Deux émeutes de plus se produisent en 2007 et en 2010 suite aux morts des jeunes impliquant la police, les deux notables pour l’usage d’armes à feu de la part des émeutiers ce qui déclenche un nouveau discours politique sécuritaire.

L’avenir de la banlieue

Aujourd’hui, les politiques urbaines cherchent à s’adapter à une nouvelle réalité sociale. Elles visent le retour des classes moyennes dans les banlieues et la restructuration des deux couronnes de la banlieue parisienne selon le schéma directeur du « Grand Paris ». Les slogans « mixité » et « tolérance zéro » cèdent la place à la « mobilité » et à la « participation ». La banlieue cherche à montrer sa diversité et sa créativité en pénétrant la rubrique culture des la presse après avoir longtemps occupée celle des actualités. La « culture urbaine » bénéficie d’une notoriété de plus en plus large dans la société française actuelle. Elle pénètre peu à peu l’imaginaire des Français moyens, comme le succès d’un film comme Intouchables (Nakache, Toledano, 2011) en atteste autant que l’adoption par le plus grand nombre de certaines trouvailles linguistiques inventées par les jeunes de banlieue Une explosion de romans, films, chansons de rap ou des morceaux de slam témoignent de l’inventivité des résidents des banlieues. Ces œuvres, qui traitent souvent de l’exclusion atteignent presque toute la France, appelant à un débat au niveau national.

Bibliographie

Cortéséro, R. (dir.), 2012, La banlieue change ! Inégalités, justice sociale et action publique dans les quartiers populaires, Le Bord de l’eau : Paris.

Dikeç, M., 2007, Badlands of the Republic: space, politics and urban policy, Blackwell : Oxford.

Donzelot, J., 2006, Quand la ville se défait, Seuil : Paris.

Jazouli, A., 1992, Les années banlieues, Seuil : Paris.

Le Gouaziou, V. et Mucchielli, L., 2006, Quand les banlieues brulent : retour sur les émeutes de novembre 2005, Découvertes : Paris.

Rey, H., 1996, La peur des banlieues, Presses de la fondation nationale des sciences politiques : Paris.

Roché, S., 2006, Le frisson de l’émeute : violences urbaines et banlieues, Seuil : Paris.

Schor, R., 1996, Histoire de l’immigration en France de la fin du XIXe siècle à nos jours, Colin : Paris.

Vieillard-Baron, H., 2011, Banlieues et périphéries : des singularités françaises aux réalités mondiales, Hachette : Paris.

9/3, mémoire d’un territoire, dir. Yamina Benguigui, 2008.

 

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