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Banlieue Network

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Elise Bouhet

Wednesday, November 27, 2013

Elise Bouhet prépare une thèse en Études Françaises à l’University d’Albany (SUNY). Elle enseigne le français et est en charge d’un atelier de théâtre français à Trinity College, à Hartford, Connecticut. Spécialiste de la société française contemporaine, elle travaille actuellement à une dissertation qui porte sur les émeutes de 2005 en France.

Études françaises, culture et société française contemporaines.

 

« L’atelier »

 

Dans une petite ruelle, entre le MSH-Paris nord et le stade de France, nous marchons le long d’un chantier. Un signe, l’Atelier 16, s’érige au fond contre le  mur au dessus d’un tas de terre qui sera bientôt transformé. « L’atelier » attire l’œil du passant qui se demande de quoi il s’agit. Qu’est-il donc arrivé à ce mur ? Qui a écrit ce mot ? L’atelier fait-il partie du chantier ou bien y est-il étranger ? Le mur a remplacé la fenêtre qui est devenue ciment. Le tas de terre sera bientôt ciment aussi. Le bois de l’Atelier s’impose et fait figure de contraste dans une composition qui laisse perplexe. Au bout de la rue, nous découvrons le squelette d’une église en construction. Aux antipodes de la basilique de Saint Denis, c’est une église à l’architecture ultra-moderne qu’on y bâtit. Pourtant, l’atelier m’interpelle plus que l’église en devenir. L’atelier représente d’une certaine manière l’impossibilité de définir l’espace de la banlieue, car celle-ci est un lieu de travail, de transformation, de rénovation et de création. La banlieue est une idée, et ses espaces sont en perpétuel changement.

 

« Transit »

 

Que vois-tu ? Je vois un bus. Tout juste sorti du pont il m’éblouit et m’empêche de voir ses passagers. Alors que vois-tu ? J’observe le reflet des piétons qui marchent dans la direction inverse. Ils avancent vers le pont pour s’engouffrer un instant dans un lieu de transit où le mouvement se substitue à l’identité. C’est un instant de regards croisés où se mêlent tant de contradictions. Immobile, je saisie l’instant que l’appareil photo me permet de figer pour défier les lois du mouvement et de la rapidité. Une seconde plus tard, ils ne sont plus là.

 

« Niveaux de vie »

 

Le long du canal Saint Denis, en direction de la gare, nous pensons suivre un raccourci. Nous marchons le long de vieilles caravanes qui prennent la forme d’un patchwork de rectangles irréguliers. Les habitations temporaires et mouvantes se joignent à un paysage en évolution pourtant statique. La ville et la banlieue sont des lieux où l’on observe le transitoire et la sédentarisation. Plus haut, je me retourne et vois dans le fond les épines du stade de France. Le contraste est frappant, voire trop évident. Exposition de niveaux de vie. Les lignes verticales et horizontales se font concurrence. Les tentes, les caravanes, la circulation bloquée sur l’autoroute, encore une file de voitures, puis ces bâtiments en orange massif qui reflètent la rénovation urbaine de la plaine Saint Denis. Enfin, le stade de France telle une soucoupe volante est près des cieux. J’imagine que ses épines chatouillent les nuages à l’occasion. Cette structure de métal atteint un niveau symbolique. Il apporte du rêve, des emplois, des commerces et de nouveaux logements. Il s’impose face à d’autres aspirations, d’autres modes de vie.

 

II-                Images

 

« Silhouette (s) »

 

Saint Denis. Sous le pont, l’intersection est un point de rencontre, un point de vue. Notre immobilité se fait remarquer dans un espace qui a coutume d’être transitoire. Qui reste au milieu d’une intersection ? La silhouette d’un jeune garçon en mouvement est paradoxale car figée. La douceur de cette représentation contraste avec le bruit environnent des véhiculent qui se rapprochent du cœur de l’intersection. La silhouette fait partie d’un projet artistique. Elle met en garde le conducteur pressé qui risque de ne pas pouvoir freiner si quelqu’un traverse la route. Mais la silhouette reste où elle est.

 

« Le jeune parasite »

 

Place de la gare, Saint Denis. Il fait chaud, le Ramadan a commencé depuis peu. En allant sous le pont, une série d’affiches se succède. Celle-ci m’interpelle. Simplicité et chaleur des couleurs et du style. Pourtant le message est obscur, je n’arrive pas à tout lire. Les mots ont-ils un sens ? Le jeune se nomme-t-il lui même parasite ? Joue-t-il avec l’image que la société renvoie de lui ou d’elle ?

 

III-             Voix

 

« La police chasse on bouge pas »

 

Saint Denis. A deux pas de la Basilique, là où reposent les rois de France, dans les petites ruelles qui mènent à l’hôtel de ville, les sans papiers sont sans abris. Il y a des moments où on comprend que prendre des photos serait un manque de pudeur et de respect. Photographier la ville, les rues la banlieue peut être facile, photographier l’humain qui n’a plus d’espace privé et dort aux pieds d’un édifice administratif est impossible. Autour d’eux, toute une série de pancartes aux messages de résistance nous fait comprendre la situation. Ils sont entourés de personnes qui les aident. Ils sont là depuis longtemps nous dit-on. Privés de voix électorales et légitimes, on parle pour eux. Leur présence dans l’espace public devient message. La police chasse, on bouge pas.

 

« La vie est belle »

 

Elle est heureuse. Elle vit l’instant. Elle l’écrit pour l’immortaliser. Le mur est témoin des émotions que la vie soit dure ou belle.

 

IV-             Identités

 

« Rencontres »

 

Saint Denis. L’artiste nous guide dans l’espace urbain et nous permet de voir un lieu simple que l’on imagine laid dans toute sa complexité. Nous sommes un groupe de chercheurs venant de tous les horizons : d’Europe, des Etats-Unis, d’Australie. Nous avons souvent deux identités culturelles sinon plus. Nos domaines de recherches se croisent et se rencontrent. Nous travaillons ensemble, nous explorons la banlieue sous toutes formes.

 

V-                Mémoire et avenir

 

« Le 17 octobre 1961 »

 

Il faut aller à Saint Denis, place de la gare, pour voir cette plaque commémorative. Le 17 octobre 1961 est une journée sombre de l’histoire de France, et pourtant qui en France sait à quel événement elle renvoie ? Est-ce que l’on enseigne les déboires de l’histoire dans les programmes scolaires en France ? En 2005 les hommes politiques voulaient introduire l’aspect positif de la colonisation dans les programmes scolaires. Et les conséquences de la décolonisation ? On nous apprend au lycée l’importante du devoir de mémoire. Mais qui a le droit de mémoire ? Une plaque nous rappelle l’inoubliable. Une société doit reconnaître ses fautes pour avancer.

 

« Suivre les traces »

 

Je suis les traces des Dionysiens. Littéralement, sous ce pont, au carrefour de tous les quartiers de la ville. Enfant, je suis venue ici. Pourtant je ne reconnais rien. Ma famille paternelle est originaire de Bobigny et de Saint Denis. Je ne sais pas grand chose sur eux alors les traces comptent. Je suis ici pour faire de la recherche certes, mais surtout pour revoir d’où je viens même si je n’ai jamais vécu ici.

 

 

 

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« L’atelier »

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« La police chasse on bouge pas »

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« Silhouette (s) »

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« Transit »

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« Rencontres »

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« Suivre les traces »

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« Niveaux de vie »

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« Le jeune parasite »

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« La vie est belle »

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« Le 17 octobre 1961 »

Gallery: Exhibition "Exploring the Banlieue"